
Ecoles alternatives : les différentes pédagogies pratiquées
Par Thibaut Pinsard · 28 janvier 2021 · 6 min de lecture
Beaucoup d’écoles alternatives voient le jour ces derniers temps. En 2018, les écoles hors contrat scolarisaient déjà 73 000 élèves du primaire au secondaire, et le nombre de nouvelles écoles hors contrat avait été multiplié par quatre en sept ans. Si chacune a ses propres spécificités, beaucoup reposent sur les mêmes pédagogies, ou sur un mélange de pédagogies connues. Nous vous proposons dans cet article un inventaire non exhaustif de ces pédagogies et de leurs particularités. Ainsi, si vous souhaitez que votre enfant suive une pédagogie qui favorise son épanouissement, vous aurez le choix !
La pédagogie Montessori
La plus connue des pédagogies alternatives, la pédagogie Montessori, très à la mode depuis quelques années, a vu le jour entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Elle repose sur les recherches de Maria Montessori, médecin et pédagogue italienne. Celle-ci a fait de nombreuses observations visant à démontrer que l’environnement dans lequel évoluait l’enfant était primordial pour son développement. Il faut donc mettre à disposition des enfants un environnement sobre et des jouets adaptés. Les matériaux naturels comme le bois sont alors privilégiés.
La pédagogie Montessori est une pédagogie individualisée qui consiste à prendre en compte le rythme de l’enfant, ses forces et ses faiblesses pour l’accompagner dans son développement. Le but de cette pédagogie est d’avoir un accompagnement global qui permette à l’enfant de se construire pleinement. C’est ici l’école qui s’adapte à chaque enfant, et non pas l’enfant qui doit s’adapter à l’école, comme c’est le cas dans la plupart des écoles en France.
Fondée sur la confiance en soi, elle met en avant l’autonomie des enfants. Le rôle du maître est un rôle de facilitateur et d’animateur : il accompagne simplement les enfants dans leurs activités. Les enfants de différents âges sont mélangés, les plus grands ayant pour rôle d’aider les plus petits.
Cette pédagogie est surtout pratiquée en maternelle et à l’école élémentaire. Elle existe aussi au collège et au lycée, mais y reste beaucoup moins développée : Maria Montessori n’a pas laissé de programme détaillé pour les adolescents.
La pédagogie Steiner-Waldorf
La pédagogie Steiner-Waldorf repose, comme la pédagogie Montessori, sur un apprentissage au rythme de l’enfant, mais les deux diffèrent sur de nombreux points (voir le tableau comparatif plus bas). Elle a été fondée par Rudolf Steiner (1861-1925), philosophe autrichien et fondateur de l’anthroposophie. Les apprentissages scolaires n’y commencent qu’à l’entrée à l’école primaire, vers six ans. Avant cet âge, au jardin d’enfants, les enfants jouent librement, chantent, écoutent des histoires, sortent en forêt. L’imaginaire y tient un rôle prépondérant.
Le rôle du maître est plus traditionnel que dans la pédagogie Montessori : c’est l’adulte qui explique aux enfants ce qu’il faut faire. À la différence de Montessori, les enfants sont regroupés par tranches d’âge identiques. L’art y tient un rôle important, jusque dans l’enseignement des matières académiques. Le récit, l’oral et le mouvement y occupent aussi une large place : les lettres, par exemple, s’apprennent au travers d’histoires ou par les mouvements du corps. Les enseignants suivent une formation propre à cette pédagogie, généralement sur trois ans, auprès d’instituts spécialisés.
Cette pédagogie couvre toute la scolarité, de la crèche au lycée.
La pédagogie Steiner-Waldorf fait aussi l’objet de critiques, qui portent surtout sur son lien avec l’anthroposophie, le courant philosophique et spirituel fondé par Rudolf Steiner. Dans son rapport d’activité 2016, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) estime que, dans ces écoles, « la prise de distance avec la philosophie du fondateur n’est pas toujours claire », et que les parents « ne mesurent pas tous l’ensemble des fondements théoriques qui ne sont pas sans incidence sur l’enseignement dispensé ». Une étude publiée dans le même rapport relie plusieurs épidémies de rougeole, en Europe et aux États-Unis, à une moindre vaccination des enfants dans des familles adeptes de l’anthroposophie, tout en précisant que d’autres écoles à pédagogie alternative sont concernées. La Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf affirme de son côté que ses écoles « ne sont pas des écoles confessionnelles ou religieuses ». Avant d’inscrire votre enfant, n’hésitez pas à demander à l’école quelle place y tient l’anthroposophie.
La pédagogie Freinet
Née dans une classe d’école primaire, la pédagogie Freinet part du principe que le travail est naturel à l’enfant. Elle repose sur le « tâtonnement expérimental » et l’expression libre de l’enfant. Les enfants sont ainsi invités à expérimenter, à émettre des hypothèses et à s’exprimer par n’importe quel moyen : l’oral, mais aussi des moyens moins traditionnels comme le dessin ou le journal scolaire.
Cette pédagogie a été mise au point par l’instituteur Célestin Freinet. Grièvement blessé au poumon pendant la Première Guerre mondiale, il ne pouvait plus parler longtemps, ni donc faire la classe de façon traditionnelle. Il a alors l’idée de remplacer les grands discours par l’expérimentation. Ainsi, les enfants sont invités à découvrir par eux-mêmes les différentes choses à apprendre, ce qui les pousse à se passionner et à mieux retenir ce qu’ils font. En essayant, en se trompant puis en réessayant, l’enfant apprend !
Par ailleurs, l’élève a un rôle prépondérant et actif dans le pilotage de son travail : chaque enfant suit son propre plan de travail, et c’est l’enseignement qui s’adapte à lui.
Elle reste surtout pratiquée à l’école primaire, mais elle se pratique aussi en maternelle et dans le secondaire.
La pédagogie par la nature
Bien moins connue que les pédagogies citées ci-dessus, la pédagogie par la nature n’en a pas moins sa place dans certaines écoles de France ou d’ailleurs. C’est une pédagogie qui met la nature au cœur de l’apprentissage. En Europe, elle a connu un véritable essor en Scandinavie aux alentours des années 1950.
Elle consiste à faire cours en plein air, et donc à se passer du cadre formel d’une salle de classe entre quatre murs. L’enfant y est considéré comme un individu à part entière. On la retrouve surtout en maternelle, mais aussi à l’école primaire.
Les pédagogies « maison »
Il existe enfin de nombreuses pédagogies dites « maison », propres à chaque école et plus ou moins inspirées des pédagogies citées ci-dessus. On y retrouve souvent les mêmes valeurs, visant à développer le potentiel de l’enfant et sa confiance en soi. Ces pédagogies restent minoritaires dans l’Éducation nationale, même si certaines y ont leur place : la pédagogie Freinet est née dans une classe de l’école publique, et la classe dehors s’y développe. On les retrouve aussi dans de nombreuses écoles privées, sous contrat ou hors contrat.
Steiner-Waldorf et Freinet : les questions que se posent les parents
Pédagogie Steiner ou Montessori : quelles différences ?
La différence tient à trois choses : la composition des groupes, le rôle de l'enseignant et le support de l'apprentissage. Ces trois points s'observent dès la visite d'une classe, et ce sont eux qui changent le quotidien de l'enfant — davantage que le vocabulaire employé par l'école pour se présenter.
| Ce qui les distingue | Montessori | Steiner-Waldorf |
|---|---|---|
| Composition des groupes | Âges mélangés, les plus grands aident les plus petits | Enfants regroupés par tranches d'âge identiques |
| Rôle de l'enseignant | Facilitateur : il accompagne l'enfant dans ses activités | Plus traditionnel : il explique et conduit la classe |
| Support de l'apprentissage | Matériel Montessori, environnement préparé et sobre | Art, récit, oral et mouvement |
| Niveaux concernés | Surtout maternelle et élémentaire, plus rarement collège et lycée | De la crèche au lycée |
Les deux pédagogies partagent pourtant l'essentiel : l'une comme l'autre partent du rythme de l'enfant plutôt que d'un programme uniforme. Si votre recherche porte sur un établissement précis, notre annuaire des écoles Montessori en France les recense ville par ville.
Les étapes par âge dans une école Steiner-Waldorf
Une école Steiner-Waldorf peut accompagner l'enfant de la petite enfance à la fin du lycée, en cinq niveaux successifs : la crèche, le jardin d'enfants, l'école primaire, le collège et le lycée. C'est le découpage que présente la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf en France, l'organisme qui fédère le réseau français.
Ce réseau reste petit. Au 30 septembre 2026, la Fédération annonçait 20 structures affiliées et labellisées en France, et 2 500 enfants scolarisés. Vingt structures ne peuvent couvrir qu'une vingtaine de départements au plus : dans la grande majorité des départements français, il n'existe aucun établissement labellisé par la Fédération. Trouver une école Steiner près de chez vous tient donc souvent à la géographie plus qu'au choix.
L'art, la nature et la classe dehors
Chez Steiner-Waldorf, l'art ne s'ajoute pas aux matières : il sert à les enseigner. La nature, elle, n'appartient à aucune pédagogie alternative en particulier : l'école publique s'en est emparée, et le ministère de l'Éducation nationale y consacre aujourd'hui un dispositif national, ouvert du CE2 à la terminale.
L'aire éducative désigne un petit espace naturel — une mare, un bout de forêt, une portion de littoral — géré de manière participative par les élèves d'une classe. Il en existait 1 942 en France au bilan annuel 2025, dont 1 543 terrestres et 399 marines (éduscol, Les aires éducatives). Le principe rejoint celui de la pédagogie par la nature : des séances d'enseignement menées en extérieur, dans le cadre des programmes scolaires. Son déploiement a été inscrit en 2023 dans la Stratégie nationale biodiversité.
Steiner, Freinet et le socle commun de l'Éducation nationale
Ce qui détermine les obligations d'une école, ce n'est pas sa pédagogie : c'est son lien avec l'État. Une école Steiner ou Freinet peut être sous contrat ou hors contrat, et le régime n'est pas le même dans les deux cas.
Un établissement privé hors contrat « n'est pas obligé de suivre les programmes, ou de respecter les horaires de l'enseignement public. Toutefois, il doit permettre aux enfants d'acquérir les connaissances du socle commun de compétences » (Service-Public, page vérifiée le 4 février 2025). Ce socle commun concerne les élèves de 3 à 16 ans et couvre cinq domaines, des langages pour penser et communiquer aux représentations du monde et de l'activité humaine (ministère de l'Éducation nationale).
Ces écoles ne sont pas pour autant sans contrôle. « L'inspection des établissements hors contrat est obligatoirement effectuée dès la première année de leur fonctionnement ; d'autres contrôles peuvent être organisés par la suite, de manière inopinée ou non » (ministère de l'Éducation nationale). Le contrôle pédagogique relève du recteur et vérifie notamment que l'enfant aura disposé, à 16 ans, des moyens d'acquérir ce socle commun.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'école Steiner ?
Une école Steiner-Waldorf applique la pédagogie fondée par Rudolf Steiner. La première école Waldorf a ouvert en septembre 1919, avec 12 professeurs et 256 enfants répartis en huit classes. En France, cette pédagogie se pratique de la crèche au lycée, au sein d'un réseau labellisé par la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf.
Pourquoi choisir une école Steiner ?
Cette pédagogie met en avant un démarrage tardif des apprentissages académiques, une place importante donnée à l'imaginaire et aux activités manuelles, et des groupes qui restent stables sur plusieurs années. Le coût, lui, dépend du statut de l'établissement et non de sa pédagogie : dans une école sous contrat, l'État rémunère les enseignants ; dans une école hors contrat, c'est l'établissement qui les recrute et les paie, ce qui se traduit par des frais de scolarité à la charge des familles. Renseignez-vous sur le statut de l'école visée avant de comparer les tarifs.
Qu'est-ce que l'école Freinet ?
Une école Freinet fait de l'expérimentation et de la production des élèves le cœur du travail scolaire, chaque enfant avançant sur son propre plan de travail. Le mouvement est structuré depuis 1947 par l'ICEM — Institut coopératif de l'École moderne —, une association loi 1901 créée par Célestin Freinet et toujours active aujourd'hui.
Existe-t-il une liste des écoles Freinet en France ?
Aucun statut officiel ne permet de les repérer : l'Éducation nationale classe les établissements selon leur lien avec l'État — public, privé sous contrat, privé hors contrat — et non selon leur pédagogie. C'est ce qui rend la recherche difficile pour les parents. Notre annuaire couvre aujourd'hui les écoles Montessori et les écoles bilingues et internationales ; il ne propose pas de liste Freinet, faute d'une couverture suffisante des grandes agglomérations.
Pourquoi faire classe dehors ?
Pour l'Éducation nationale, faire classe dehors sert un objectif pédagogique inscrit dans les programmes, pas une parenthèse récréative. Dans le dispositif des aires éducatives, les élèves étudient un espace naturel toute l'année et sont associés directement à sa gestion : réunis en conseil de la terre ou conseil de la mer, ils prennent collectivement les décisions qui le concernent, puis les présentent aux élus et aux habitants.
Classe dehors : quelle définition ?
La classe dehors désigne une séance d'enseignement ordinaire menée à l'extérieur — dans un espace naturel ou aménagé — au lieu de la salle de classe. Elle se distingue de la sortie scolaire par sa régularité : ce n'est pas un événement, c'est une habitude de travail. Elle se distingue aussi de la forest school, où c'est la journée entière qui se passe dehors, en toute saison. En anglais, l'ensemble de ces pratiques est désigné par le terme outdoor education.
Comment faire classe dehors ?
Commencez petit et près : un créneau court, un lieu accessible à pied, et un objectif d'apprentissage précis plutôt qu'une sortie « nature » en général. Les enseignants qui veulent un cadre structuré peuvent entrer dans le dispositif des aires éducatives, animé par l'Office français de la biodiversité et piloté par les ministères chargés de l'Éducation nationale, de la Transition écologique et des Outre-mer. Nous détaillons une méthode de démarrage dans Classe dehors : pourquoi commencer avec ses élèves ?
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